Un monde en crise

Un monde en crise, un devoir de dissidence pour les femmes et les hommes d’Afrique
Une insatiable soif de bonheur et de paix nous habite quand nous considèrons l’état de notre continent, l’Afrique. Nous avons grandi avec l’idée et l’espoir que le temps travaille pour tout le monde, que le futur ne peut nous réserver que bien-être ainsi que paix des esprits et des coeurs.
Le temps a passé tout seul et un peu trop vite pour l’Afrique. Il s’est saisi de l’espace qu’il a rétréci. Le temps a alors réussi la prouesse, absolument extraordinaire, de mettre tous les Humains, les uns en présence des autres.
Unification ? Unité ? Il s’agit, semble-t-il de mondialisation. Nous sommes des mondiaux, c’est-à-dire une nouvelle génération d’Humains dont la caractéristique est en principe d’être de partout et de nulle part. On plane. C’est à la fois impressionnant et effarant. Les technologies les plus sophistiquées sont en principe au service du rapprochement des peuples du monde.
Nous nous voyons, de près ou de loin, nous nous entendons mais nous nous touchons et nous étreignons rarement. Contrairement à toute attente, les esprits sont échauffés et tourmentés et les coeurs ne s’aiment plus, en tout cas, pas assez. L’Homme mondial est immensément et désespérément seul.
Ayant appris que dans la course aux biens et services (utiles ou futiles), au pouvoir et à l’argent, l’autre – race, ethnie ou sexe – est nécessairement un concurrent. Compétir et être compétitif sont les exigences premières de l’ordre mondial en construction. Il est indifférent, intransigeant et amnésique quand il s’agit de l’Afrique noire. Cinq siècles de ponction vident un continent.
Les gagnants actuels de la compétition sont les conquérants d’hier qui ont à peine renoncé à leur instinct belliqueux. Les règles du commerce mondial, du financement du développement et de la gouvernance obéissent d’abord aux intérêts des possédants qui continuent de s’enrichir. Des miettes nous sont consenties, quand nous nous disciplinons dans la gestion des intérêts des multinationales et l’organisation d’élections, qui devront porter au pouvoir, des hommes et des femmes toujours enclins à attirer les investisseurs et à repousser les demandes de leurs peuples. Désemparés et égarés, nous nous regardons en chien de faënce, Hutu et Tutsi, Baoulé et Dioula, hommes et femmes. Toute goutte d’eau peut faire déborder le vase.
Avant d’en arriver à cette réalité chaotique,nous avions appris à travers certains écrits et de nombreux colloques que l’homme, l’autre sexe était à l’origine de la plupart de nos maux de femme. Cette lecture des faits a prévalu, à partir des années 60 (à l’époque, les indépendances théoriquement acquises nous poussaient à faire du développement notre credo) dans la conception, la mise en oeuvre et l’évaluation de toute une génération de projets dits d’Intégration des Femmes dans le Développement (IFD). L’objectif visé était de hisser les femmes au rang des hommes en général, comme si tous les autres mâles étaient égaux, parfaits et à envier.
Ce fut le début d’une longue période d’effervescence et de foisonnement d’idées et d’initiatives tendant à décortiquer chaque aspect de nos sociétés pour y déceler les stigmates de la domination masculine. Encouragées par les organisations internationales, féministes du Nord et, progressivement, par les gouvernants, les femmes africaines commencèrent à revendiquer leur droits dans tous les domaines : l’agriculture, le commerce, l’éducation, la santé, l’environnement etc… Les chiffres attestent l’ouverture des esprits et bien des portes. Mais, l’impact des résultats acquis est bien maigre au regard des efforts fournis. En fait, le développement au féminin était et demeure aussi mimétique que l’ensemble du processus de transformation économique, sociale et politique dans laquelle l’Afrique noire est engagée.
Dans les deux cas, nous nous sommes trompés d’énoncés, de stratégies et de perspectives. En montrant l’autre sexe du doigt tout en enviant sa position sociale et économique, nous avons reproduit le schéma qui a prévalu en matière de développement qui a consisté à croire en la suprématie de l’Occident et à l’imiter au point de nous perdre.
Il s’avère à l’heure actuelle que le mode d’insertion des Africains dans le système moderne de production n’était pas à ériger en modèle pour les Africaines.
Aussi, dans un monde en crise, est-il temps pour les femmes et les hommes d’Afrique d’entrer en dissidence !

