Migrances 2011

L’accueil des participants par Aminata Traoré.

Mesdames et Messieurs,
Chers amis et participants à Migrances 2011,

Les éditions de Migrances se suivent et ne se ressemblent pas. Nous avons eu de grands rassemblements réunissant des centaines de personnes donnant lieu à différentes sortes de manifestations. Nous avons également eu des éditions qui nous ont conduits sur le terrain, dans les zones de départ comme Kayes et Didiéni. Entre deux éditions, nous développons des microréalisations à caractère pédagogique comme la « Maison du retour et de la solidarité à Didiéni » ainsi que des ateliers de formation et de création de produits nouveaux.

La présente édition s’inscrit dans un contexte de crise systémique marqué par le retour forcé de milliers de travailleurs maliens, nigériens, tchadiens… qui avaient dû émigrer en Libye. Ils reviennent, les mains vides et brisés, dans des pays d’origine où la poursuite et l’approfondissement des politiques néolibérales continuent d’aggraver le chômage, la pauvreté monétaire, l’insécurité alimentaire, la corruption et les inégalités qui les ont poussés à partir, malgré eux.
Plus grave est la volonté délibérée des acteurs politiques et institutionnels européens et africains d’occulter la nature antidémocratique et destructrice du néolibéralisme dont découlent le chômage endémique, la paupérisation et l’émigration forcée.
L’occident en crise a tout d’un fauve blessé. Il attaque pour défendre ses intérêts. Les Sub-sahariens sont dans le collimateur en Europe comme au Maghreb où les nouveaux régimes, à l’instar leurs prédécesseurs, vont devoir coopérer avec l’Union Européenne qui externalise sa politique de l’immigration choisie. Le tri se fait en amont par les pays d’origine et les pays de transit.
En quoi une « transition démocratique » réussie selon les normes et les critères de l’Occident constitue-t-elle une réponse adéquate à cette réalité ?

Le viol de l’imaginaire des peuples d’Afrique en colère, de part et d’autre du Sahara, consiste à leur présenter l’organisation d’élections « libres » et « transparentes » comme l’issue à leurs maux alors qu’elles ne consistent qu’à porter au pouvoir ou à y maintenir des dirigeants qui rassurent les marchés. Ce qui est vrai pour la Grèce, l’Espagne, l’Italie ou le Portugal l’est depuis longtemps déjà, dans les pays endettés d’Afrique et sous-tutelle du FMI et de la Banque mondiale.

Nous n’avons pas besoin d’un autre bain de sang au Mali au nom de cette démocratie essentiellement électorale. Nous avons besoin, d’abord et surtout de comprendre pourquoi la montagne accouche si souvent d’une souris. Pourquoi la révolution perpétue-t-elle le chômage, les inégalités, la corruption, la pauvreté, l’exil et la guerre ?

J’espère qu’au terme de cette sixième édition, nous aurons contribué à la réflexion sur ces questions.

Une minute de silence est observée en signe d’hommage aux deux vendeurs ambulants sénégalais assassinés à Florence, le 13 décembre, par un militant d’extrême droite.