Aminata D et le Ministre Macalou

Migrances 2010 – Samedi 18 décembre

Célébration de la journée des migrants

Reconstruction personnelle et collective en temps de crise.

Au préalable, Aminata Traoré interroge : les gens qui ont été jetés sur les routes de l’immigration doivent-ils être mis au service du système qui les broie ?

Pour mettre en évidence ce que ces gens vivent et ce qu’ils entreprennent, ici et là-bas, plusieurs personnes interviennent :

Deux intervenants venus de Kayes, épicentre des migrations maliennes, Demba Traoré et Issiaka Diallo,  présentent ce qui se fait dans cette zone.

Des amis du Maroc (Mohammed Boubbo) et de France (Nathalie M’Dela Mounier, Malika Dahou et Mathieu Orban) œuvrent dans leurs pays à mettre en place des actions concrètes qu’ils présentent.

Mme Hadia Diarra, représentante de Médecins du Monde au Mali,  dans le cadre d’une coopération avec le FORAM, fait part d’un projet qui aura lieu en 2011.

Demba Traoré, journaliste radiophonique, travaille depuis 1988 avec des associations de migrants, notamment des jeunes qui se sont posé la question du retour.

Il présente notamment l’exemple du village de Soumantigui, créé par et pour des jeunes de différents pays africains qui ont non seulement souhaité revenir en Afrique, mais aussi vivre du travail de la terre. Ils gagnent leur vie et sont satisfaits du choix courageux qu’ils ont fait alors que beaucoup d’entre eux avaient suivi des études et que le travail de la terre était dévalorisé.

Il explique aussi comment traditionnellement les enfants participaient aux activités domestiques et à celles des champs et que plus tard, ils se déplaçaient partout où c’était nécessaire pour pouvoir se prendre en charge, ce qui laissait peu de temps pour aller à l’école éloignée des villages.

Aujourd’hui, tout ce que les jeunes portent est payé par l’émigré. Ils ne participent plus au travail familial. Pire, quand l’émigré envoie de l’argent pour un projet, il n’y a personne pour le gérer.

Il s’adresse ensuite aux jeunes : « La richesse est sous vos pieds, c’est à vous d’aller la chercher. »

Issiaka Diallo explique que si la jeunesse est en train de partir, de mourir sur les mers ou dans les déserts, c’est à cause de la sécheresse : les champs ne donnent plus, le bétail meurt et les arbres sont secs.

Il faut partir, dans les pays limitrophes puis plus loin. Ce qui importe, c’est d’envoyer de l’argent pour nourrir la famille, puis pour les écoles (dans la région de Kayes,  il y a des écoles qui sont restées dix ans sans maître), puis pour les mosquées, puis pour les impôts pour éviter les tracasseries des autorités, puis pour la santé, pour les CESCOM  (Centre de Santé Communautaire). Celui qui réussit à aller à l’école part en France : alphabétisé, il sera mieux payé.

Il fait quelques propositions :

  • - Que  celui qui prend sa retraite crée des emplois qui correspondent à la réalité du terrain.
  • - Il faut donner l’amour du travail aux enfants.
  • - Il faut créer des écoles professionnelles.
  • - Il faut consommer local.

Ismaël Diabagaté recadre un peu ces propos.  Il explique qu’il faut nuancer.  Si on dit qu’aujourd’hui la jeunesse ne travaille pas, il faut voir comment on en est arrivé à cette situation. De tout temps les plus âgés ont critiqué la jeunesse : Socrate (philosophe de la Grèce antique) le faisait déjà. Il rappelle aussi que traditionnellement, tout est transmis au premier fils et qu’il n’était pas question de l’élever dans un autre système. Quant aux filles, considérées comme l’arbre de la vie, il n’était pas question qu’elles changent de rôle. D’où les réticences des vieux  pour les envoyer à l’école.

Demba T, Ismael D, Issiaka D.

Malika Dahou présente son association  Planète Emergences, créée en 2000 et installée au sein de la mairie 13e et 14e arrondissements de Marseille. Il raconte sa rencontre avec Aminata Traoré lors de la récente manifestation Marseille retrouve le Nord, 1ère édition du Festival Quartier Monde.

Quartiers de forte immigration caractérisée par un faible taux d’emploi, une certaine misère morale, spirituelle et physique, ces territoires sont aussi riches des liens qui se tissent à travers toutes les initiatives locales (centres sociaux, maisons de quartier, centres de loisirs, associations).

Les actions de Planète Emergences mettent au premier plan les récits des habitants à l’échelle du quartier et à l’échelle du monde. Récits faits d’images, de sons, d’écritures (texte, théâtre, danse). Par le prisme de la culture, la parole témoigne des préoccupations et des transformations sociales, économiques et environnementales de notre société. Lors de Marseille retrouve le Nord, ils ont travaillé sur les notions de repères, d’orientation, de représentation, du regard que posé sur soi-même et sur ses lieux de vie dans le proche et dans le lointain.

À l’issue de ces rencontres, on constate que le thème de la visibilité et de la transmission ont été au cœur des débats. Ces thèmes s’incarneront à travers un site internet : La vie des gens ou le Porte-voix qui  donnera la parole aux habitants, aux acteurs locaux, aux artistes, aux entreprises… des quartiers Nord à Marseille, mais aussi d’autres pays du monde.

Des créations artistiques, des rencontres-débats, des émissions de radio autour de la parole des femmes, des ateliers formation, sont les actions qui seront menées. Sur le plus long terme, à l’initiative de Planète Emergences et en partenariat avec la mairie du 13e et 14e arrondissement, les associations culturelles et l’École Centrale (école d’ingénieurs installée dans ces quartiers), le projet Le Mégaphone Géant verra le jour. Ce porte-voix représente une sculpture urbaine dont l’idée forte est de permette à « ceux qui ne le font jamais de se faire entendre ».

La participation à Migrances et la découverte du FORAM sont très instructives et motivantes. Une action commune avec Planète Emergences et incarnée par le Festival Quartier Monde pourrait naître et reste à construire ensemble.

Mohammed Boubbo  et Mathieu Orban font tous les deux partie de L’Association Science Technologie Société (ASTS), au Maroc et en région PACA (Provence-Alpes-Côte-d’Azur).

L’ASTS est une association qui intervient dans le champ de la médiation scientifique qui  œuvre pour une appropriation démocratique des savoirs. Elle inscrit ses réflexions et ses actions dans une perspective humaniste où sciences et technologies contribuent au bien public aussi bien au niveau local qu’au niveau global. Elle milite pour une appropriation démocratique par tous les acteurs – producteurs et utilisateurs – des avancées afin qu’ils en comprennent les enjeux et interviennent pour leur donner du sens. L’ASTS rejette les approches messianiques qui attribuent à la science et à la technologie des pouvoirs qu’elles n’ont pas: soit l’illusion scientiste, celle d’une science qui expliquerait tout et porterait en elle-même les solutions aux problèmes de l’humanité, soit les démarches négatives de rejet à l’égard du progrès conduisant au catastrophisme ou encore, au refuge dans l’irrationnel.[1] »

Mohammed Boubbo vient lui aussi d’un pays de forte émigration, le Maroc. Un pays où la rente des immigrés constitue un pilier majeur dans l’économie du pays.

L’investissement des Marocains résidant à l’étranger  est passé par plusieurs étapes : une étape d’investissement dans l’immobilier qui trouvait sa  légitimité dans la crainte d’être expulsé du pays d’accueil ; une seconde phase d’investissement dans des projets rentables (petits commerces…). Mais ces dernières années, on constate chez les enfants nés en Europe une tendance d’investissement dans l’art et la culture en général : maisons d’édition, sociétés de production, radios libres, restauration du patrimoine matériel avec pour objectif de les transformer en maisons d’hôtes par exemple, galeries d’art, écoles de formation artistique, centres de formation etc.  Les raisons de cet investissement sont dues à des critères objectifs : libéralisation de secteur de l’audio visuel, exonération fiscale, coût bas de la main d’œuvre, législation marocaine, création de la fondation Hassan II des Marocains résidant à l’étranger.

L’investissement dans un tel secteur contribue à la création d’emplois, qualification de mains d’œuvre, création d’un dynamisme culturel, valorisation du patrimoine national, attirance touristique.

Mathieu  Orban présente les travaux d’un ingénieur en mécanique, membre de l’ASTS-PACA. Ces travaux ont porté sur la fabrication d’une éolienne à partir de matériaux de récupération. Après une première phase de modélisation, l’éolienne a été fabriquée à partir de divers matériaux récupérés ici et là. Cette éolienne qui mesure environ 3m permet de fournir de l’électricité.

Partant du principe que ce qui peut être fait avec certains matériaux à un endroit pouvait être fait avec d’autres, ailleurs, l’idée du projet était de le transférer dans des zones qui en auraient le besoin.

Sa mission à Bamako propose de s’enquérir des matériaux de récupération au Mali et d’étudier ainsi la possibilité de construction d’éoliennes dans certaines régions  de ce pays. Ayant visité la casse locale, il a été très impressionné par l’ingéniosité et le savoir faire sur la transformation de télévisions, voitures, frigos, usagés en produit de consommation courante.

Ce projet consiste à transférer le savoir et savoir-faire (relativement simple) de cet ingénieur mécanicien  afin que les Maliens puissent eux-mêmes s’en emparer et l’adapter aux conditions locales.

Malika D, Ismael D, Mohammed B.

Haddia Diarra est coordinatrice pour le projet Migrants de l’ONG Médecins du Monde, au Mali. Elle présente les actions de cette ONG au Mali couvrant plusieurs volets. Elle souligne le lien important entre l’ici et le là-bas à travers l’exemple des CASO (Centre d’accueil et  d’orientation).

Il est vrai que l’on parle beaucoup des migrants qui vivent là-bas, mais que deviennent ceux qui sont de retour ? Ces derniers n’ont plus de repères, ils se retrouvent dans des situations compliquées, on les retrouve dans des lieux comme  les préfectures, les gares, les aéroports. Une des phrases que prononcent souvent les migrants est : « On a pris mon corps et on a laissé mon âme là-bas ». Le migrant est blessé dans sa chair et son  âme, mais sa famille et tout son entourage sont tout autant blessés.  À cela se rajoute la honte d’avoir échoué.

Elle explique que l’association est là pour apporter un soutien psychologique, redonner goût à la vie. Un partenariat avec le FORAM vient de naître autour de la parole des femmes. Dans le récit du migrant, ce qui revient toujours c’est la maman, l’épouse. Nous nous demanderons ce que l’on peut construire avec les femmes, les mères et les veuves autour du thème de la migration.

Nathalie M’Dela Mounier, enseignante, écrivaine, membre du Réseau Education sans frontières (RESF) intervient ensuite. Pour des raisons personnelles (métissage) et liée aux hasards de la vie (arrestation de 23 Maliens, à Montfort, en 2007), l’interculturalité et les migrations (émigration et immigration) sont au cœur de son activité littéraire et militante. Elle pense que l’information est cruciale : celui qui ne sait pas ne peut agir. Quand on accède à la connaissance, on peut le faire, on a le choix. Chacun a le droit de s’exprimer s’il en a envie : il est donc nécessaire de donner la parole à ceux que l’on n’entend pas et de témoigner pour ceux qui ne peuvent pas le faire,  quelles qu’en soient les raisons.

Par rapport à la thématique de la journée, l’important est de donner du sens à ce que l’on vit ; c’est ce qui permet aussi de se reconstruire, de se réparer. Elle propose deux exemples :

Le premier exemple concerne 23 Maliens de Montfort, tous originaires de la région de Kayes. Ils ont été arrêtés en même temps que tous les autres Noirs, le 28 février 2007, devant l’abattoir où ils se rendaient au travail. Mis en garde à vue,  ils sont ensuite passés devant les juges (judicaire et administratif). En situation irrégulière, ils ont été envoyés aux quatre coins de la France dans des  CRA (Centre de rétention administrative) où ils sont restés au maximum 32 jours, avant d’être remis en liberté, certes, mais toujours sans papiers, humiliés et désemparés. Deux ont même été expulsés dont un futur papa. (Lire ce qui les concerne sur ce blog).

Malgré une mobilisation étonnante des Montfortais[2], de nombreux mois  se sont passés avant qu’ils soient régularisés (huit sont encore en situation irrégulière). Ils n’allaient pas bien du tout, étaient désespérés, avec plus d’argent à envoyer au pays et peu de perspectives d’avenir.

Dans un premier temps, l’auteure a parlé et écrit pour eux et ça leur a fait du bien parce que les gens qui ont lu cette histoire, interpellés, les ont regardés autrement. Ils ont fait le lien entre ce qu’ils voyaient sur leurs écrans de télévision et ces hommes quasiment invisibles avant leur arrestation. (Sans Patrie. Editions Les oiseaux de papier.Collection : L’Inacceptable).

Dans un second temps, un travail de recherche et d’analyse a été entrepris avec  un historien d’origine malienne, Tidiane Diakité. Puis Nathalie a collecté dans un foyer parisien et à Montfort les paroles de ceux qui voulaient s’exprimer pour donner du sens à ce qu’ils vivaient. Ils étaient fiers de raconter ce qu’ils avaient traversé, étonnés de croiser leurs différentes histoires et de savoir qu’ils témoignaient pour être lus ; soulagés de ne plus être dans le secret. Pour eux, une reconnaissance de leur vécu (L’immigration n’est pas une Histoire sans paroles. Editions Les oiseaux de papier. Collection : L’Inacceptable).

Récemment, les textes de ces deux livres ont été adaptés pour le théâtre par une compagnie qui voulait porter plus loin cette parole (Sans Patrie. Compagnie Le Puits qui parle). Certains des Maliens et de  leurs familles sont allés voir cette pièce et étaient contents que « (notre) vie, (notre) expérience  peut servir ». Tout faisait sens. Avant ils étaient invisibles et silencieux. Témoins du monde et acteurs de l’histoire, s’ils sont devenus visibles contre leur gré, ils ont pris la parole de leur plein gré. Ils sont des hommes de ce monde et sont fiers d’être reconnus comme tels.

Le second exemple est celui d’un jeune mauritanien, exilé au Sénégal à la suite du conflit sénégalo-mauritanien en 1989. Une très  longue route mortifère qui l’a mené de désert en traversée maritime : à l’arrivée, une prison en Grèce où les Africains sont traités pire que des chiens.

Intégré en France à un groupe de jeunes musiciens, il est s’est produit en concert, a participé à l’enregistrement d’un album et est enfin reconnu pour ce qu’il est, un chanteur. Il est transformé, se sent digne et humain, ce dont il a parfois douté sans avoir heureusement été brisé.

Elle rappelle ce que vivent ceux qui sont appelés « sans papiers » en France et la vie de plus en plus difficile des mineur souvent soumis à des contrôle humiliants (de pilosité et osseux). Elle cite pour terminer  l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme[3],  qui devrait être applicable à tout être humain, mais rappelle que nul ne devrait être dans l’obligation de partir parce qu’il n’a pas le choix.

Présentation des conclusions et du projet de plateforme nationale pour la défense des migrants

En présence de son excellence Monsieur Badra Alou Macalou, Ministre des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration et Ministre de la Santé, qu’elle remercie chaleureusement de sa présence importante en ce dernier jour de Migrances 2010, Aminata Traoré rappelle l’importance de la mobilisation des différents acteurs et les propositions qui ont été tirées lors des quatre journées. En plus de ce qui a été déjà mentionné, elle fait part de la nécessité de porter un autre regard sur l’environnement (architecture bioclimatique à Didiéni), la formation des jeunes, la possibilité d’initier une autre forme de tourisme en logeant chez l’habitant.

Mariam Kanakomo projette ensuite sur un écran les conclusions et les propositions faites par Bibi Diawara et Diadié Dagnoko dans leur étude : « Fractures sociales et migrations » en les commentant.

C’est ensuite au tour de Clariste Soh-Moube de prendre la parole et de rappeler les quelques chiffres essentiels qui caractérisent les transferts de fonds des migrants.  Elle présente sous forme d’un diaporama quelques pistes non exhaustives :

  • - La case des femmes à Bamako (pour le tissage et autres métiers réhabilités). On y fait aussi de la broderie car il est important de couvrir la chaine de production d’un bout à l’autre.
  • - Le petit marché de Missira où l’on trouve des produits locaux, sains, et de l’artisanat (vannerie…).
  • - L’atelier de menuiserie, qui est un GIE.
  • - La case du retour et de la solidarité de Didiéni (technopole populaire).

Demba M. Dembélé adresse ensuite ses salutations fraternelles du Sénégal à Monsieur le Ministre.

Il rappelle que le système dominat a tendance à mettre l’accent sur la rentabilité économique, lors que la finalité devrait être le bien-être des hommes et des femmes. Il souligne que le FSM a été créé en 2001 pour recadrer les décideurs et faire que leurs décisions prennent davantage en compte l’être humain. « Il est nécessaire de changer le monde ». Prenant à témoin le ministre très attentif, il précise que le marché ne peut pas tout faire et que l’Etat a un rôle fondamental à jouer. « Sans développement humain, il ne peut y avoir de développement ! »

C’est au tour d’Ousmane Traoré, de Didiéni, de témoigner. Il salue le ministre, Aminata Traoré et le FORAM et dit que l’action positive et efficace de ces deux derniers est une bonne solution pour réduire le taux d’émigration. Il rappelle les durs lendemains du retour de Ceuta et Melilla, la douleur de l’échec et de l’humiliation.

Il en est certain, il faut créer des emplois. Lui ne regrette pas d’être revenu. Il est fier de ce qui a été fait par eux à Didiéni et qui bénéficie à tout le village. Il n’a rien à envier à un émigré et ne rêve plus de partir.  « Ceux qui sont partis, les Français ou les Espagnols,  ne font plus trop de bruit : ça chauffe là-bas ! »Il s’est fixé, a appris un métier, est en train de construire sa maison (il porte d’ailleurs  un regard poétique sur la voute de cette maison qui étonne parfois les gens) et même une famille puisque le voici tout à la fois fiancé et futur papa. C’est d’ailleurs le cas d’autres garçons dans la salle qui sont applaudis.

Mathieu Orban évoque le projet d’éolienne et rappelle que la circulation des hommes est de plus en plus  difficile, que celle des savoirs est aussi nécessaire, sinon il ne restera bientôt plus que la circulation des flux financiers.

Safi   Sy, présidente de l’association Gnéléni intervient en Bamanankan pour présenter les actions de Maaya femmes ici. Elle précise que les femmes ont participé à toutes les activités, même le pavage. L’émigration concerne les femmes au premier chef : en tant que mères, elles se sacrifient pour leurs enfants. Quand l’un d’entre eux part à l’aventure, elles tremblent ; quand on vient ensuite leur annoncer sa mort, c’est insupportable ! Si les jeunes se fixent, ils n’iront pas mourir en mer ni dans le désert.

C’est de nouveau à Clariste Soh-Moube de s’exprimer. Camerounaise, installée à Bamako, elle rappelle son parcours de retournée de Ceuta et Melilla après neuf longues années de route qu’elle a raconté dans un livre essentiel (Le piège.  Editions Goutte de sable). Mais elle positive : « C’est un mal pour un bien », car l’accompagnement d’Aminata Traoré et le travail du FORAM lui ont  donné « la chance de comprendre » ce qui lui est arrivé. Après un premier voyage en Europe,  elle a compris que sa place n’était pas en Europe. Elle remercie Monsieur le ministre de sa présence, un signe d’espoir fort envers les jeunes.

Arrivé pour la clôture  du forum, le Ministre Ministre des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration et Ministre de la Santé, M. Badra Alou Macalou, remercie Aminata Traoré de l’avoir invité pour assister à la fin de  Migrances 2010. Il trouve admirable sa forte capacité de mobilisation intellectuelle et sa volonté, sa témérité à vouloir servir les autres. Il salue aussi la fécondité des analyses qui lui ont été proposées.  Il fait le vœu que le FORAM vive et  que tout soit mis en œuvre pour que « ce qu’il fait serve à l’Afrique et au monde, tout simplement. »

Il explique ensuite que la thématique choisie est aussi son quotidien. Il a beaucoup de respect pour ceux qui ont choisi d’aller ailleurs. « Ils sont des nôtres, ils nécessitent notre sollicitude ; ils ont des droits, droit à toutes les libertés  et sont avant tout des êtres humains ». Il affirme que le gouvernement se soucie du sort de ses compatriotes à l’extérieur comme de ceux qui veulent partir, de l’immigration irrégulière et des transferts de fonds. Le rapport dont il vient d’avoir les conclusions va être examiné par le gouvernement de la République. Il assure que des conséquences en seront tirées notamment des mesures plus appropriées concernant l’investissement. Il salue l’important travail réalisé à Didiéni.

Hadia D et Nthalie M'Dela M à partir de la droite

Aminata Traoré a le mot de la fin et donne rendez-vous pour Migrances 2011 !


[1] Site de l’ASTS

[2] Collectif de soutien aux Maliens de Montfort

[3] « Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. »